Lecture sur Le chat noir, Edgar Allan Poe,1843 en 4ème.
Relativement très étrange et pourtant très familière histoire que je vais coucher par écrit, je n’attends ni ne sollicite la créance. Vraiment, je serais fou de m’y attendre, dans un cas où mes sens eux-mêmes rejettent leur propre témoignage. Cependant, je ne suis pas fou – et très certainement je ne rêve pas. Mais demain je meurs, et aujourd’hui je voudrais décharger mon âme. Mon dessein immédiat est de placer devant le monde, clairement, succinctement et sans commentaires, une série de simples événements domestiques. Dans leurs conséquences, ces événements m’ont terrifié – m’ont torturé – m’ont anéanti. – Cependant, je n’essaierai pas de les élucider. Pour moi, ils ne m’ont guère présenté que de l’horreur – à beaucoup de personnes ils paraîtront moins terribles que baroques[1]. Plus tard peut-être il se trouvera une intelligence qui réduira mon fantôme à l’état de lieu commun – quelque intelligence plus calme, plus logique, et beaucoup moins excitable que la mienne, qui ne trouvera dans les circonstances que je raconte avec terreur qu’une succession ordinaire de causes et d’effets très naturels.
Dès mon enfance, j’étais noté pour la docilité et l’humanité de mon caractère. Ma tendresse de cœur était même si remarquable qu’elle avait fait de moi le jouet de mes camarades. J’étais particulièrement fou des animaux, et mes parents m’avaient permis de posséder une grande variété de favoris. Je passais presque tout mon temps avec eux, et je n’étais jamais si heureux que quand je les nourrissais et les caressais. Cette particularité de mon caractère s’accrut avec ma croissance, et, quand je devins homme, j’en fis une de mes principales sources de plaisirs. Pour ceux qui ont voué une affection à un chien fidèle et sagace[2], je n’ai pas besoin d’expliquer la nature ou l’intensité des jouissances qu’on peut en tirer. Il y a dans l’amour désintéressé d’une bête, dans ce sacrifice d’elle-même, quelque chose qui va directement au cœur de celui qui a eu fréquemment l’occasion de vérifier la chétive amitié et la fidélité de gaze[3] de l’homme naturel.
Je me mariai de bonne heure, et je fus heureux de trouver dans ma femme une disposition sympathique à la mienne. Observant mon goût pour ces favoris domestiques, elle ne perdit aucune occasion de me procurer ceux de l’espèce la plus agréable. Nous eûmes des oiseaux, un poisson doré, un beau chien, des lapins, un petit singe et un chat. Ce dernier était un animal remarquablement fort et beau, entièrement noir, et d’une sagacité merveilleuse. En parlant de son intelligence, ma femme, qui au fond n’était pas peu pénétrée de superstition, faisait de fréquentes allusions à l’ancienne croyance populaire qui regardait tous les chats noirs comme des sorcières déguisées.
Questionnaire
Le chat noir, Edgar Allan Poe,1843.
À propos de la narration :
❶ Quel est le statut et le point de vue du narrateur ?
À propos du personnage principal :
❷ a) Quelle est la posture du narrateur par rapport aux éléments qu’il s’apprête à raconter dans le premier paragraphe ?
b) Deux champs lexicaux s’opposent, lesquels ?
c) Complétez le tableau suivant avec les mots et expressions des deux champs lexicaux respectifs.
❸ Comment peut-on décrire le narrateur dans son enfance ? A -t-il changé à l’âge adulte ? Listez les éléments de description dans le tableau ci-dessus pour établir une comparaison.
ENFANCE AGE ADULTE
À propos de l’intrigue :
❹ Quelle attitude le narrateur a-t-il avec son chat au début de la nouvelle ?
❺ Quelles sont les causes de son changement d’attitude dans la suite du texte ?
❻ Qu’arrive-t-il alors à Pluton ?
❼ Y a-t-il des indices annonciateurs du destin tragique en dehors du comportement du narrateur ?
❽ Le narrateur parle de perversité, quelle est la signification de ce terme ?
❾ Quel message Edgar Allan Poe souhaite-t-il faire passer à son lecteur concernant la nature humaine ?
❿ Relevez les mots et expressions qui montrent la gradation de la violence et de la folie du narrateur au fur et à mesure de l’extrait.
À propos de la langue :
⓫ Pourquoi le narrateur emploie-t-il le passé simple dans le passage suivant :
« Une nuit, comme je rentrais au logis très ivre, au sortir d’un de mes repaires habituels des faubourgs, je m’imaginai que le chat évitait ma présence. Je le saisis ; – mais lui, effrayé de ma violence, il me fit à la main une légère blessure avec les dents. Une fureur de démon s’empara soudainement de moi. Je ne me connus plus. Mon âme originelle sembla tout d’un coup s’envoler de mon corps, et une méchanceté hyperdiabolique, saturée de gin, pénétra chaque fibre de mon être. Je tirai de la poche de mon gilet un canif, je l’ouvris ; je saisis la pauvre bête par la gorge, et, délibérément, je fis sauter un de ses yeux de son orbite ! »
a) Il exprime une succession/enchaînement d’actions
b) Une habitude
c) Une action inachevée
⓬ a) Qu’est-ce qui est désigné par l’expression : « Démon Intempérance » ?
b) Quelle est la figure de style employée ici ?
c) Quel effet produit-elle ?
Pour débattre – Lanceur d’écriture :
⓭ Pensez-vous que le narrateur est responsable de ses actes ou pensez-vous qu’il soit victime de forces qui le dépassent (l’alcool, la folie, la perversité…) ?
Littérature Le chat noir, Edgar Allan Poe,1843 – 4ème pdf
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Questionnaire Le chat noir, Edgar Allan Poe,1843 – 4ème pdf
Questionnaire Le chat noir, Edgar Allan Poe,1843 – 4ème rtf
Correction Questionnaire Le chat noir, Edgar Allan Poe,1843 – 4ème pdf
Correction Questionnaire Le chat noir, Edgar Allan Poe,1843 – 4ème rtf